Education | Saint-Mandé | 30/08/2017
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La pédagogie Decroly a son école sur mesure

Unique exemplaire d’école publique parmi les rescapées des écoles nouvelles germées dans l’après-guerre, l’école Decroly de Saint-Mandé, qui accueille les élèves de la maternelle à au collège, a craint à plusieurs reprises sa fermeture définitive. Dévoilée ce mardi 29 août par le Conseil départemental, son extension construite pour la première fois dans le dur et sur mesure constitue une étape forte dans l’histoire de l’école, signe de reconnaissance et gage de pérennité.

Des sections de maternelle identifiées par une couleur et enroulées autour d’un patio à la salle de sport et son mur d’escalade, le sourire n’a pas quitté le visage de Françoise Delahaye, directrice de l’établissement, durant la visite de ce mardi matin. « Nous avons pu nous exprimer sur le projet et il a vraiment pris en compte les spécificités de la pédagogie Decroly comme par exemple la présence de salles de travail en petits groupes entre les classes« , salue la directrice. Même satisfaction pour Clarisse Stein, principale du collège Decroly et aussi de Charcot (Joinville-le-Pont), qui avait pour sa part insisté sur la dimension sécurité. « Nous avons investi cette année 3 millions d’euros pour la sécurité dans les collèges, notamment pour séparer les alertes incendie et attentats« , précise sur ce sujet Evelyne Rabardel, vice-présidente du département en charge des collèges.

Françoise Delahaye, directrice de l’école Decroly

Voir la visite en images à la fin de l’article.

Une satisfaction d’autant plus importante que ces travaux étaient très attendus. « Lorsque je suis rentrée dans l’établissement il y a trente ans, on évoquait déjà les travaux…« , se souvient Françoise Delahaye. Car l’histoire de l’école n’a pas été un long fleuve tranquille.

Une école nouvelle qui a trouvé sa place dans l’Education nationale

Son histoire commence par celle d’Ovide Decroly, neuropsychiatre belge qui expérimente de nouvelles approches pédagogiques dès 1901, d’abord pour les enfants considérés comme « anormaux », qu’il préfère qualifier « d’irréguliers », puis pour tous les enfants avec la création d’une école à Bruxelles en 1907. Ovide Decroly privilégie notamment l’expérimentation, l’observation, l’interaction sociale, l’interaction avec l’environnement, l’intérêt suscité qui génère l’envie d’apprendre et une approche globale de l’apprentissage. Une démarche qui s’inscrit dans le courant de la pédagogie active et de l’éducation nouvelle initié par des Maria Montessori en Italie, Adolphe Ferrière en Suisse, John Dewey aux Etats-Unis…

C’est au sortir de la seconde guerre mondiale que des parents et enseignants essaiment l’école Decroly dans la banlieue parisienne en 1945. Ils sont alors soutenus par Paul Langevin et Henri Wallon – dont un plan qui porte leur nom (plan Langevin-Wallon de 1947) projetait une rénovation complète de l’enseignement en France. Si ce plan ne fut jamais mis en oeuvre, un certain nombre de ses principes infusèrent progressivement comme par exemple le collège unique. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, plusieurs écoles nouvelles prônant une pédagogie active se développent, souvent sous des formes associatives, et dont plusieurs existent encore aujourd’hui avec un modèle d’école privée sous contrat, comme la Nouvelle école d’Antony ou l’école nouvelle de Meudon, qui va de la maternelle au bac.

Seule l’école Decroly bénéficie d’un statut d’école publique, d’abord comme école primaire rattachée à l’Ecole Normale d’Instituteurs d’Auteuil à Paris par arrêté ministériel en 1948, puis comme école et collège. Initialement installée Chaussée de l’Etang à Saint-Mandé, elle s’agrandit avec une seconde adresse au 49 avenue Daumesnil, dans un hôtel particulier face au bois de Vincennes, en 1952. Cinq ans plus tard, l’ensemble de l’établissement est rapatrié avenue Daumesnil, avec des préfabriqués dans le parc. Une solution temporaire avant la construction de vrais bâtiments qui attendra quelques dizaines d’années.

Le bâtiment historique sis dans un hôtel particulier, qui accueille désormais le CDI ainsi que 2 classes de primaire et 2 classes de collège, il est relié à l’extension par une passerelle. Un ascenseur y a également été installé.

L’école Decroly, une histoire mouvementée

Entre temps, l’école vit des heures compliquées. La propriété appartient alors à la ville de Paris, qui après avoir envisagé des travaux, renonce à investir dans cet établissement extra-muros. Début 1979, alors que les locaux sont devenus trop délabrés, le ministère de l’Education nationale décide de fermer l’école en fin d’année scolaire. Commence alors un long combat des parents et enseignants, à quelques centaines de mètres d’une autre fronde, celle des étudiants de l’université du bois de Vincennes dont les locaux seront finalement transférés à Saint-Denis en 1980. La rentrée de septembre 1979 commencera par plusieurs semaines de cours, sans livres scolaires.

Finalement, un accord est trouvé avec le Conseil départemental du Val-de-Marne qui accepte de récupérer le bébé. La ville de Paris lui cédera définitivement le foncier en 2003. Concernant son statut au sein de l’Education nationale,  l’école primaire devient alors école d’application de l’École Normale de Bonneuil-sur-Marne.  En 1985, après les lois de décentralisation de 1983, un collège public est également officiellement créé. La gouvernance de Decroly reste toutefois unifiée de la maternelle à la troisième avec un Conseil d’administration unique. Côté entretien des bâtiments et fonctionnement, l’ensemble est géré et pris en charge par le département. Aujourd’hui, l’école accueille environ 360 élèves issus essentiellement du Val-de-Marne, et veille comme du lait sur le feu sur son statut particulier. Ainsi en 2013, banderoles et pétitions ont été ressorties lorsqu’il fut question de supprimer quinze heures d’enseignement hebdomadaire dans l’établissement. 

Des travaux qui ont connu des dernières péripéties

Budgétés définitivement en 2014, les gros travaux de rénovation de l’école ont à nouveau connu un dernier report avant leur réalisation finale, car aucune entreprise n’avait répondu à l’appel d’offre initial, dont l’enveloppe a du être augmentée. Les riverains se sont aussi émus du projet, craignant une diminution des places de stationnement et l’abattage des arbres.

Bien que sa devanture face au bois donne une impression d’espace, l’école Decroly est très imbriquée dans l’urbanisme dense de Saint-Mandé.

Un chantier à 8,5 millions d’euros

70 ans pile après la naissance de l’école, c’est en 2015 que le chantier a commencé par une opération de désamiantage et la création de nouveaux bâtiments provisoires pour pouvoir effectuer l’extension pendant les cours. Réalisée par l’entreprise Pitel et dessinée par une architecte du Conseil départemental, Céline Delattre, assistée du bureau d’étude CET, l’extension, qui comprend un rez-de-chaussée et un premier étage, a donné lieu à la création de 2200 m² de surface de plancher supplémentaire. Les nouveaux bâtiments, dont le gros défi a été de s’imbriquer en harmonie dans le tissus urbain très dense du quartier, ont aussi fait une large place à la lumière avec un patio intérieur au niveau de la maternelle, et beaucoup de parois vitrées pour diffuser la lumière naturelle jusque dans les parties reculées de l’établissement. En parallèle de cette extension, intégralement accessible, un ascenseur a été créé pour gravir les étages de l’hôtel particulier. Une passerelle relie les deux bâtiments. Au total, le chantier a représenté un investissement de 8,5 millions d’euros.

Salle de classe. L’école n’ayant pas encore été investie par les enseignants, la disposition de la classe ne correspond pas à celle de la pédagogie Decroly qui privilégie plutôt des petits pôles de travail en groupe.

Beaucoup de demandes et peu de places

Si des bâtiments neufs ont été construits, ils n’ont pas été conçus pour augmenter la capacité d’accueil, limitée à 11 classes et 365 élèves. Pas question ici de passer à 500 ou 600 jeunes, non seulement en raison des contraintes urbaines mais aussi pour préserver la taille humaine de l’établissement. Un souhait partagé par les enseignants comme les parents. Pourtant, les candidatures en manquent pas, et, une fois les dossiers analysés et les familles reçues, c’est par tirage au sort que l’école procède tant il est impossible de satisfaire tout le monde.  Il reste en général en moyenne cinq candidatures pour une place, indique-t-on du côté de l’Education nationale. « C’est surtout à chaque rentrée de cycle qu’il y a beaucoup de demandes. Pour inscrire nos enfants, nous avons déposé notre dossier pour la rentrée de CM2, et il n’y avait que 5 dossiers pour 5 places libres« , se souvient Christophe, dont les deux garçons s’apprêtent à attaquer leur quatrième.

« Ce-sont les difficultés rencontrées par l’un de nos enfants dans le système conventionnel qui nous ont conduit à changer d’école. Il a été un temps scolarisé à l’école Arborescences (école de pédagogie Montessori dédiée aux enfants précoces, créée à Nogent-sur-Marne en 2009 puis déménagée à Noisy-le-Grand) mais celle-ci s’arrêtait au CM2 et nous craignions que l’entrée au collège soit un retour dans la broyeuse. C’est en cherchant une école à la pédagogie nouvelle de niveau collège, beaucoup plus rare qu’en primaire, que nous avons découvert qu’il y avait un collège public qui mettait ces pratiques en oeuvre dans le Val-de-Marne. Nous sommes totalement en phase avec les principes de l’école :  l’absence de compétition, le développement du travail ensemble, les passerelles entre les classes, l’élève acteur de la pédagogie… Il y a plein de choses qui n’existent pas dans l’école conventionnelle comme les nombreux ateliers manuels, les conseils hebdomadaires lors desquels les élèves font le bilan de la semaine et ont le droit de tout dire. La place des parents est aussi beaucoup plus importante », détaille le parent.

Salle de travail entre les classes, pour les travaux en petits groupes

Une coopération avec les parents qui va jusqu’à l’organisation d’ateliers pédagogiques le samedi matin et qui s’illustre dans  l’Association des amis de l’école Decroly, qui comprend à la fois des parents d’élèves et des enseignants. « Son conseil d’administration se réunit chaque mois et discute d’énormément d’aspects de la vie de l’école », explique Barbera Visser, sa présidente, qui a deux enfants scolarisés en CM1 et 5e. « Je suis hollandaise d’origine et je me sentais plus proche de la pédagogie Decroly de par ma culture », motive-t-elle, ajoutant que son mari est lui-même un ancien de l’école. « Les parents qui inscrivent leur enfant ici cherchent le plaisir d’apprendre, l’épanouissement de l’enfant », insiste la présidente de l’association.

Majoritairement fréquentée par des enfants de parents bien informés, disponibles pour s’impliquer et aller chercher leur enfant à 16h30 à l’école car il n’y a pas d’activité extra-scolaire, ou bien suffisamment fortunés pour aller les faire chercher, l’école Decroly est parfois considérée comme un repère de bobos.  « C’est vrai qu’il y a beaucoup de parents qui vivent de professions artistiques au sens large », reconnaît un parent d’élève.  Accueillant  les profils atypiques, l’école fait en revanche largement place aux enfants souffrant de handicap. « C’est dommage que l’on ne puisse pas inclure plus d’enfants. Il faudrait d’autres écoles de ce type », pointe Barbera Visser.

Pas de réplique mais des expériences à l’échelle des enseignants

Aucun projet similaire, à l’échelle d’une école complète, n’est toutefois dans les cartons à l’heure actuelle, même si un certain nombre d’enseignants expérimentent leur propre méthode, s’inspirant et s’appropriant tel ou tel précepte de pédagogue. « Il y a beaucoup d’expériences pédagogiques innovantes dans le département. Si les programmes sont les mêmes pour tout le monde, les professeurs sont libres dans la manière de les enseigner. Nous avons par exemple des classes sans notes« , insiste Guylène Mouquet-Burtin, directrice académique du département. Une classe CM2-6e va également être expérimentée à Créteil cette année, pour travailler sur la liaison primaire-collège.

Les 360 élèves de Decroly, eux, découvriront leur nouveau collège ce lundi 4 septembre. Visite en images…

Classe de maternelle

Salle de sciences

Réfectoire maternelle

Réfectoire des grands

Tri sélectif à la cantine

Le bureau de la directrice, qui a vue sur l’ensemble de la cour et des bâtiments…

La salle de sport avec mur d’escalade

Vue intérieure

Parc

 

Entrée principale depuis l’avenue Daumesnil

Vue de la rue Jeanne d’Arc

Vue de l’avenue Herbillon

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